Mardi 11 novembre 2008 2 11 /11 /2008 00:00

Déjà de nombreux coms ,et plusieurs me reprochent a juste titre ,la longueur de la lettre sur ce blog;et je reconnais volontiers que vous avez raison ,j'ai donc supprimer une grande partie ,il en reste assez pour pouvoir jugez de son style et de ce français d'autrefois


Je redécouvre avec bonheur,ces chefs d'oeuvres d'écritures de la marquise de sévigné a sa fille Madame de Grignan
On en a recensé plus de 1000 dont +ou- 750 à sa fille et ceci dans un Français impeccable et d'une calligraphie parfaite .
Faut t'il vous rappeler qu'a l'époque point de téléphone ou d'ordi ,et que ceux qui avait la chance de recevoir de l'instruction était basée essentiellement sur la tenue d'une plume et de la tournure des phrases



55. À Madame de Grignan - À Paris, le mardi 30ème janvier 1680.

Vous m’écrivez trop. Je ne puis plus voir beaucoup de votre écriture sans chagrin ; je sais, ma bonne, le mal que cela vous fait et, quoique vous me mandiez les choses du monde les plus aimables et les plus tendres, je regrette d’avoir ce plaisir aux dépens de votre poitrine. Je vois bien, ma très chère, qu’elle vous fait encore mal ; voici une longue bouffée et sans autre cause que votre mal même, car vous ne vous fatiguez point du tout et vous dites que le temps est doux ; vous écrivez moins qu’à l’ordinaire. D’où vient donc cette opiniâtreté ? Ma bonne, vous ne m’en dites pas un mot et Montgobert a la cruauté d’avoir une plume à la main, d’écrire pour vous et de ne me pas dire un mot. Bon Dieu ! qu’est-ce que tout le reste ? Et quel intérêt puis-je prendre à toute la joie de votre ville d’Aix quand je vois que vous n’y êtes pas et que vous êtes couchée à huit heures ? Vous me direz : « Vous voulez donc que je veille et que je me fatigue ? » Non, ma bonne ; Dieu me garde d’avoir une volonté si dépravée ! Mais vous n’étiez pas, ici, hors d’état de prendre quelque part à la société.

J’ai vu M. de Gordes. Il m’a dit bien sincèrement que, dans le bateau, vous étiez très abattue et très languissante et qu’à Aix vous étiez bien mieux, mais avec la même naïveté, il assure que tout l’air de Provence est trop subtil et trop vif et trop desséchant pour l’état où vous êtes. Quand on se porte bien, tout est bon, mais quand on est attaquée de la poitrine, qu’on est maigre, qu’on est délicate, on s’y met en état de ne pouvoir plus se rétablir. Et croyez-moi, ma bonne, si vous vous opiniâtrez à vouloir l’essayer, et que vous fassiez et sentiez augmenter votre mal, ce sera, en vérité, une chose bien cruelle et bien peu convenable à l’amitié que M. de Grignan doit avoir pour vous. C’est à lui que je m’adresse dans une chose si importante, et où le temps que l’on perd est irréparable ; je le conjure de vous observer. Je sais bien, ma bonne, l’état de vos affaires. Je ne crois pas qu’un hiver à Aix les raccommode ; j’en sais la dépense. Mais je sais aussi que rien n’est préférable à la vie ; tout est au-dessous de cette raison. Je vous conjure tous deux de traiter ce chapitre sans vous tromper ni sans vous flatter. Il m’étonna en me disant à quel point cet air vous est contraire. Vous me touchez vivement en me disant que votre poitrine délicate égale nos âges. Ah ! j’espère que Dieu n’aura point dérangé un ordre si naturel et si agréable, et délicieux pour moi, Ma bonne, ce que je sens là-dessus est très conforme à la tendresse et à l’attachement que j’ai pour vous ; il n’y a rien de si aisé à comprendre.

Vous me parlez de ma santé. Pouvez-vous y penser ? elle est aussi peu digne de vos soins, en l’état où elle est, que la vôtre est digne d’être l’objet de tous les miens. Et vous trouvez l’invention de m’écrire une grosse lettre sans m’en dire un mot ! Un tel silence en dit beaucoup plus que je ne voudrais, mais beaucoup moins que je ne pense.

Il faut, ma bonne, reprendre le fil de ma lettre que je laisse toujours un peu reposer quand j’ai à traiter le chapitre de votre santé. Il faut, pour ne vous pas ennuyer, vous suivre les tristes aventures de ces pauvres gens.


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